dimanche 30 novembre 2014

pensée # 16


ZAC Tolbiac Massena

Lorsque nous sortons du métro de la ligne 14, un sentiment fort s’impose : celui du renouveau. Pas après pas, marche après marche, au milieu de cette foule qui nous entoure, qui court. Nous prenons possession du lieu, de l’échelle qui s’élève face à nous. Murs lisses, brillants, volumes dessinés de lignes simples où chacun trouve sa direction, sa place. On nous prépare… à quoi ? Je ne sais pas… Pour les plus courageux d’entre nous, un escalier important, peut-être imposant s’offre à nous. Pour les plus feignants, un escalator digne de ce nom. Nous allons tous vers la lumière. La foule se disperse, la ville s’offre à nous. On ne s’en rend pas bien compte, du moins on sait que l’on se trouve à une intersection. On se croise, en bus, en voiture, à pied, à vélo. On «monte » ou l’on « descend » l’avenue de France. On se rend vers la seine ou bien l’on pénètre dans Paris par la rue Neuve Tolbiac. La vie urbaine prend son sens et son rythme.

Ici, nous partons à la rencontre, ici nous assistons au dialogue. Je me place au centre de l’avenue de France, je tourne sur moi-même et je contemple Tolbiac Chevaleret, Tolbiac Nord, Masséna Nord, Masséna Chevaleret. Ainsi, se dessine le panorama où chaque architecte urbaniste en charge du plan des ZAC susnommées à travailler l’équilibre, le besoin d’être en communion, l’harmonie.


Je profite de la perspective des deux côtés : l’une vers la ville d’Ivry sur Seine et l’autre vers la gare d’Austerlitz. Dessin des façades qui paressent lisses qui « directionnent » l’ensemble. Tout le monde rentre dans le rang. Nous sommes dans la lignée du Baron Hausmann. Nous respectons l’histoire.

Nous nous dirigeons maintenant vers la bibliothèque Francois Mitterand qui appartient à la ZAC Tolbiac dont Roland Schweitzer en est l’architecte coordonnateur. Trop de noms d’architectes à retenir : Riciotti, Perrault, Wilmotte… nous regardons à droite, à gauche, énormément de choses intéressantes à voir, à comprendre. Je ne suis pas là pour me constituer une liste exhaustive de tous les architectes ayant construit un bâtiment dans ces lieux. Peut-être en retenir quelques-uns. Ce que je souhaite retenir, c’est l’expérience des sens, l’expérience spatiale.
L’esplanade qui s’adresse à la Seine, accueille la bibliothèque François Mitterrand et le cinéma MK2 comme posés sur une feuille inscrite dans la pente. Une vraie respiration. Tout deux communiquent, l’un à côté de l’autre, simplement : verticalité, horizontalité, toutes proportions d’échelles gardées de lignes droites simples suivis par les lignes fluides et sinueuses du pont Simone de Beauvoir. Je crois comprendre que le monumental se doit d’être dessiné simplement afin qu’il soit compris. Le sol orienté accentue la perspective et ne s’adresse pas à la Seine, elle magnifie, rend hommage aux Bâtis. Ces gigantesques volumes reprenant la forme d’un livre ouvert sont introvertis. Il révèle l’énorme «forêt » faisant office de patio central. Je comprends l’idée que les architectes anglo-saxon avaient à vouloir rendre pittoresque chaque perspectives, chaque cadrages. La ville se doit de se faire belle. Chacun veut « la photo », d’ailleurs nous tombons sur le tournage d’un film sur le lieu, cela vient corroborer ma pensée.
Nous approchons des îlots d’habitations de la ZAC Tolbiac, ils font face, ils sont massifs forment un bloc unis. Nous descendons du piédestal que nous avait offert l’esplanade. Nous pénétrons dans le ventre du vaisseau. Le calme s’installe, loin des deux grands axes pourtant si proche. On découvre un jardin central ou trône une église d’architecture contemporaine, une école non loin. On comprend que le centre est réservé aux équipements publics, aux activités sportives et ludiques. Les équipements d’activités liés au travail, aux commerces sont rejetés aux façades extérieures de l’îlot afin de créer une fracture entre lieu de travail et lieu de vie, peut-être trop fort à mon goût. L’organisation confère à l’îlot un caractère communautaire. Une ville dans la ville, une mise en abyme. En effet, chacun des îlots possède en lui-même une cour verte intérieure, accessible uniquement par les usagers. Fort rappel à l’urbanisme haussmannien.

Je suis peu sensible à ce genre d’organisation spatiale de la ville même si elle a encore le mérite de fonctionner, de donner à l’habitant le sentiment d’appartenance à un groupe (cf familistère Godin) et également de ramener ici le calme, la tranquillité, tant recherchée par les parisiens. Je ne m’arrête guerre sur le dessin de façade, pourtant certainement intéressant et recherché, je n’en doute pas. Mais le manque de vie, rend l’endroit blafard.
Pourtant le système de volets coulissants horizontaux, verticaux qui rythment les façades ou encore les sérigraphies de Giulo Romanoqui sur le bâtiment de Francis Soler ainsi que les balcons communiquant sont des traitements intéressants de l’architecture. Mais malgré cela, je ne suis pas emporté.

 Nous quittons la ZAC Tolbiac pour nous rendre vers la ZAC Massena où Christian de Portzamparc en est l’architecte coordonnateur. Nous passons du tout au tout. Devant nous se profile un ensemble parsemé de bâtiments distincts les uns des autres. De Portzamparc les qualifie d’autonomes. Il a eu la volonté que ces derniers ne soient pas identiques et qu’ils reflètent chacun une personnalité différente. Il veut écrire la ville nouvelle, celle emplie d’un multiculturalisme indéniable et aller à l’encontre des théories modernistes. C’est pourtant paradoxalement cela que je pourrais lui reprocher : ce manque d’unité. Peut-être est-ce mon regard de jeune enfant avec lequel je ne peux m’empêcher d’être émerveillé et que je ne vois pas cette unité. D’ailleurs, je tiens à noter qu’il rend, par cette décision, à l’architecte ses lettres de noblesse. Il lui permet de laisser libre court à son imagination, de mettre tout en œuvre afin de mener à bien sa mission, de mettre en tension le programme et le projet. Jouer avec les formes devient un plaisir. En fait « l’îlot ouvert », comme il nomme son principe de conception de l’espace urbain, permet de mettre en évidence des différences de hauteurs fixées par des règles de jeu, des façades alignées sur la rue, des retraits créant des respirations, des ouvertures qui permettent la pénétration de la lumière mais également des passages traversant l’îlot, des cours intérieures accueillant des jardins. Ceci afin de hiérarchiser les espaces publics, semi publics et privés et d’apporter l’âme du quartier. Comme l’îlot fermé, un équipement public occupe le centre de la ZAC Massena : un parc et l’université Paris Diderot, l’école. En revanche, on remarque que contrairement à l’îlot fermé, les activités du rez-de-chaussée sont multiples et placées un peu partout dans l’îlot et pas uniquement à la périphérie. Il y aurait encore beaucoup de chose à dire.


mardi 4 novembre 2014

Pensée#15

Dessiner la ville

Laurent Salomon, architecte, a éveillé en moi le désir de dessiner ma ville idéale. La question est: qu'est ce que ma ville idéale ? 
Que vais-je lui apporter  ? 
Que ferai-je de différents par rapport aux autres ? 
Quelles sont ses caractéristiques ?